Objection Votre Honneur



Publié le dimanche 2 mars 2008


Dimanche 2 mars 2008

L'HUMAIN RÉSIGNÉ, PRÉPARE SON TESTAMENT

 

Extraits d'un texte de Hendrik Van Gijseghem publié dans  La Presse du dimanche 3 mars 2008

L'auteur est archéologue et enseigne au département d'anthropologie de l'Université de Montréal. 

 

 

UN  TRISTE  CONSTAT

 

On a souligné la semaine dernière l'ouverture en Norvège d'un complexe destiné à préserver quelque 4,5 millions de semences provenant de diverses régions de la planète, et ce, durant des millénaires.

Il s'agit d'un fabuleux ouvrage représentant le patrimoine humain du XXIe siècle. La sélection du site maximise les chances de protéger le précieux contenu d'éventuelles guerres, de cataclysmes, et de l'inévitable réchauffement des régions arctiques. L'infrastructure, efficace, est également d'une étonnante beauté, couronnée d'un prisme de lumière visible à des kilomètres à travers la nuit arctique.
Cette admirable initiative laisse toutefois transparaître un bien triste constat. Aucun ouvrage n'aura si explicitement exprimé aux générations futures notre sens de la postérité, mais aussi, si on l'inspecte dans un contexte élargi, notre détresse et, peut-être, nos regrets. (…)

Devant la dégradation de l'environnement et l'extinction accélérée d'espèces de cultigènes, on décide d'assurer la survie de plusieurs d'entre eux et de protéger, pour usage ultérieur, la survie du patrimoine végétal de la planète. Le projet s'inscrit dans une perspective temporelle inégalée; on s'adresse ici à une humanité future, de qui l'on ignore tout : qui seront ces gens? Dans quelle société vivront-ils? Quel sera l'état de leur planète?

Mais la construction du complexe en question ne s'avèrera-t-elle pas un triste testament (en existe-t-il d'autres sortes?) de notre époque? En effet, jamais une civilisation n'a laissé un témoignage indiquant qu'elle anticipait son propre déclin. Pire, qu'elle était consciente d'y participer. Nous faisons maintenant un geste qui rappelle la fondation d'Asimov, un fictif dépôt de toutes les connaissances de l'univers créé face à la chute imminente d'une civilisation toute aussi fictive. L'initiative norvégienne est remarquable, certes, mais elle trahit notre inquiétude face à l'état de notre société et de notre planète. (...)

Il y a là un triste constat. Les civilisations du passé nous ont laissé des vestiges nous permettant de reconstruire l'incroyable variabilité des sociétés humaines. Mais aucune d'entre elles n'a jusqu'à présent démontré qu'elle fût en voie de mitiger activement sa propre chute. Nous devrions y voir un progrès, car dans une certaine mesure il y en a un. Par contre, les archéologues du futur (s'il y en a) y verront-ils la marque d'une civilisation en déclin, qui est consciente de son sort et, pire, qui y est résignée?



3 Commentaires :

Commentaire écrit le lundi 3 mars 2008 à 22:07:57 (lien)
Aimé Laliberté
Bonjour cher avocado,

L'incapacité des hommes à se tenir debout est la raison pour laquelle les observateurs avertis entreposent des graines et semences.

Les hommes ont oubliés qui ils sont et d'ou ils viennent. Il n'est pas nécessaire de suivre un système que l'on sait corrompu.

Les néocons ont toujours réponse à tout. Ça ne veut pas dire que c'est vrai. Évidemment, il est facile de créer une fausse réalité (illusion) quand on contrôle et coordonne les médias, le système d'education, de santé, etc.

Pourquoi toutes ces décisions qui limitent notre liberté et mettent en péril notre santé, au nom de la sécurité? Tant que l'homme sera un mouton qui accepte sans questionner, sa capacité de survie sera de plus en plus improbable. C'est ça la triste réalité.












Commentaire écrit le lundi 3 mars 2008 à 14:58:46 (lien)

totalement ok avec ton interprétation.


Commentaire écrit le lundi 3 mars 2008 à 12:20:23 (lien)
Accent Grave - www.accent-grave.blogspot.com
J'y vois un espoir, l'espoir que d'autres feront mieux que nous, que d'autres sauront tirer profit de notre histoire.

Ne souhaitons-nous pas tous que nos enfants retiennent quelque chose de nos propes vies?

Je crois que cet espoir est vain, que l'on apprend peu près rien des leçons passées mais je d'espoir envers nous-mêmes, une façon d'accepter l'innévitable, la fin.

Accent Grave


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